Colloque Visions du monde animal : Résumés - SÉANCE 11.3

SÉANCE 11 : FIGURATIONS ANIMALES ET TRANSFORMATIONS

Lionel SIMON (Belgique)
Quand la tortue est vache. Récits de transformation animale chez les Wayùu de Colombie
Héritiers d’une longue filiation de chasseurs et de pêcheurs, les Wayùu de la Guajira colombienne ont adopté l’élevage au début du 16ème siècle, à la suite de l’arrivée des colons espagnols. Ce faisant, ils eurent à faire place, dans leur paysage cosmologique, à des animaux exogènes (vache, chèvre, cheval, âne et poule) ainsi qu’à la domestication comme rapport singulier au non-humain. Plusieurs tentatives de reconstitution historique ont été faites pour tenter de comprendre les modalités de cette adoption. Mais le statut ontologique de ces animaux ainsi que leur place dans la cosmologie wayùu ont fait l’objet, à ma connaissance, de peu d’approches. L’analyse du matériel ethnographique récolté depuis 2006 dans diverses communautés des alentours de Manaure (Colombie) permet de montrer la nature mouvante, ambivalente, « frontalière » de l’animal. Des scènes de pêche, des prescriptions alimentaires, des sacrifices, etc., sont autant de circonstances montrant que, dans la cosmologie wayùu, l’animal n’est jamais directement ni totalement accessible (qu’il soit domestique ou sauvage). L’analyse fait aussi apparaître l’influence qu’exercent la succession du jour et de la nuit et la séparation entre la mer et la terre sur les pratiques et les discours quotidiens des Wayùu, notamment concernant les animaux. Dans de nombreux récits, l’altération des corporalités animales (métamorphoses ou « anamorphoses ») est ainsi concomitante d’un changement de lieu (mer/terre) ou de temps (jour/nuit). C’est que ces changements surviennent sur deux axes paradigmatiques (spatial et temporel) qui, notamment, contribuent à définir les modalités et les formes visibles selon lesquelles les animaux peuvent se présenter. L’exemple du serpent – forme diurne d’un esprit – et celui de la vache – forme terrestre de la tortue marine – permettent d’illustrer l’essence toujours temporaire des animaux. Dans le même temps, ces exemples dévoilent les limites de domaines cosmologiques distincts et dont la discontinuité motive des pratiques et des discours dans des domaines très variés de la vie quotidienne.
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