Colloque Visions du monde animal : Résumés - SÉANCE 3

SÉANCE 3 : LES RELATIONS ANIMAUX-HUMAINS : UNE QUESTION DE DISTANCE ?

Bernard CHARLIER (Belgique)
Du chasseur au loup, de l’éleveur au chien. Garder l’animalité à bonne distance en Mongolie de l’Ouest
Cette communication concerne les chiens, les loups, et les relations que des éleveurs nomades vivant à l’ouest de la Mongolie peuvent entretenir avec ces animaux. Elle consistera d’abord à montrer les liens perçus par les éleveurs entre les loups et les chiens qui gardent les troupeaux. Les interactions avec les loups seront analysées dans les contextes des attaques sur le bétail et de la mise à mort de l’animal lors de la chasse. Ensuite, je m’attacherai à réfléchir sur ces liens et les relations d’hospitalité qui ne s’appliquent pas aux chiens comme elles peuvent s’appliquer aux humains. En effet, les chiens peuvent rôder à une distance plus ou moins grande de la yourte mais ne sont jamais admis à l’intérieur. Il est impossible de parler du chien sans parler du loup car les deux animaux ont en commun des attributs qui les constituent en êtres ambigus. Chacun a un côté domestique ou sauvage. Les ressorts idéologiques des pratiques et des discours que les éleveurs dörvöd que j’ai pu rencontrer tiennent sur leurs rapports aux loups et aux chiens me semblent appartenir à une sphère de causalité relativement homogène dont les principes reposent sur la séparation et l’articulation efficaces de fragments d’individus humains et non-humains ontologiquement composites. Les modalités de séparation et d’articulation de ces fragments sont de type analogiques selon la classification de Philippe Descola (2006). Dans les contextes ethnographiques tels que les attaques de loups, la chasse au loup et l’inhospitalité manifestée envers les chiens de garde, les Dörvöd actualisent donc une perception de la personne physique constituée d’une multiplicité d’éléments mobiles en équilibre s’influençant mutuellement et rentrant de manière cyclique en interaction avec des éléments de l’environnement extérieur tels que les étoiles, la lune ou encore le soleil. Il s’agit là d’une conception mécaniste du fonctionnement de la personne qui a été modélisée par l’astrologie et à laquelle les prêtres bouddhistes ont largement recours. Or, que se passe-t-il lorsqu’une personne est confrontée à une forme d’altérité susceptible d’altérer l’équilibre des éléments qui la composent ?
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