Colloque Visions du monde animal : Résumés - SÉANCE 5.2

SÉANCE 5 : LE RÔLE DES AFFECTS DANS LA PRODUCTION DES SAVOIRS SUR LES ANIMAUX

Lucienne STRIVAY (Belgique)
Taxidermies. Le trouble du vivant
La taxidermie est une pratique d’entre-mondes. Au service d’une perspective « simple » d’identification et de monstration en collections des espèces au geste suspendu dans les muséums ou les cabinets, témoignage de la preuve dans le monde des chasseurs à travers l’alignement des trophées, à l’œuvre pour la mémoire toujours déçue des compagnons disparus chez les particuliers ou les soigneurs, elle s’élabore toujours à l’interface de plusieurs attentes que le vivant seul pourrait concilier : la vérité du type, la justesse individuée, la grâce d’une rencontre. Qu’elle serve à la reconstitution d’espèces disparues ou à la construction de spécimens chimériques, à la conservation ou au marché kitsch, elle négocie sans cesse entre visible et invisible, elle saisit ce qui s’échappe et le perd dès qu’elle croit se l’être approprié. Elle trouble le regard et autorise un toucher inespéré mais pour le trahir aussitôt. Alors même qu’on s’attendrait à voir cette pratique s’effacer au profit du film, on la trouve de plus en plus souvent intégrée aux dispositifs de l’art contemporain pour servir un discours critique sur la relation au vivant ou l’incarnation revendiquée d’une sensibilité proprement animale. En Belgique (contrairement à ce qui se passe en France), il n’existe pas de formation au métier : la taxidermie fait l’objet d’une transmission intergénérationnelle dans certaines familles ou encore d’un compagnonnage où chacun affine ses observations anatomiques, éthologiques et ses compétences pragmatiques au « rendu ». Le vivant devenu objet peut même devenir, entre taxidermistes, le véhicule de messages retrouvés dans les grands spécimens lors d’opérations de restauration. Partant toujours de l’extériorité même du vivant, de l’indice, la taxidermie a vu changer ses techniques et la demande qui lui était adressée. Elle témoigne des modifications de perception du monde animal, tout comme des régimes d’identification ontologiques des hommes. Quels liens, quels désirs, quelles connaissances et quelles passions la taxidermie met-elle en jeu ?
ÉCOUTER LA COMMUNICATION DE LUCIENNE STRIVAY
Conception et réalisation : Centre de services en TI et en pédagogie (CSTIP).
Tous droits réservés. © 2013 Université Laval