Colloque Visions du monde animal : Résumés - SÉANCE 5.3

SÉANCE 5 : LE RÔLE DES AFFECTS DANS LA PRODUCTION DES SAVOIRS SUR LES ANIMAUX

Maxime MICHAUD (France)
De l’animal au trophée : réification ou relation amoureuse
Dans l’industrie de la « chasse au trophée » telle que pratiquée de nos jours, il semblerait que l’animal soit largement réduit à un objet à acquérir. Pire, il semble transformé en marchandise dont la valeur dépend du trophée potentiel qu’il représente. On serait ainsi facilement tenté de croire que ce type de pratique constitue le niveau zéro de la relation à l’animal, en tout cas vu sous l’angle des considérations affectives. Mais une approche ethnographique de cette pratique permet de constater que le statut de l’animal dans cette situation est bien plus complexe qu’il paraît au premier abord. Loin de s’acheter comme une vulgaire marchandise, le trophée se conquiert au prix de constructions symboliques complexes qui, plutôt que de nier le caractère vivant de l’animal, semblent au contraire tournées vers sa mise en condition pour pouvoir être abattu, ou plutôt « fait trophée ». En effet, les chasseurs ne manquent jamais de mettre en avant leur « amour » des animaux, de souligner leur volonté de « ne pas les faire souffrir », et insistent sur la « glorification » que représente chaque trophée. Certains, même, font de la relation affective à l’animal mis en trophée la véritable échelle permettant de mesurer sa valeur, créant ainsi une sorte de classement subjectif parallèle – voire prépondérant – aux classements officiels basés sur un certain nombre de mesures. Ainsi, la pratique du safari, dans laquelle l’animal est vendu avant même d’être abattu, puis mesuré et exposé, peut-elle paradoxalement constituer un lieu d’expression de « liaisons animales » complexes où l’affectif joue un rôle majeur.
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