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Les femmes musulmanes et le « droit de choisir librement »

Abstract/Resumen

Muslim Women and the "Right to Freely Choose"

Are Muslim women veiling out of choice or is this form of dress a dark sign of coercion by patriarchal families, religious traditions, or authoritarian states ? Should women be allowed to choose what they wear or do states that want to protect individual freedom, secular values, or the security of others have the right to legislate what women can and cannot wear ? Yet choice is also regularly deployed as a key symbol in the culture wars that pit the freedoms of the liberated West against the oppressions suffered by « the Muslimwoman » (in Miriam Cooke’s 2007 felicitous phrasing) to justify everything from border control and immigrant policing to military invasions and development projects. This article examines the value of « freely choosing » that is enshrined in the UN Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women to argue, both on theoretical grounds and in light of the everyday dilemmas of women in one Egyptian village in which I have worked for over twenty years, that this ideal rests on a false confidence that one can know when a choice is freely made and an ideological conviction that freedom is the ultimate good. On a theoretical level, this view of choice ignores the most basic insights of Michel Foucault about the ways we are all made into subjects and subjects of power – the social process he calls subjectivation. And it ignores the critique some anthropologists have made of the ways liberal feminism excludes desires for social or moral conformity from the definition of agency. Looking closely at the ways some women and girls in this Egyptian village talk about veiling and arranged marriage, two of the practices critical to judgments of « the Muslimwoman’s » lack of choice, I argue that it is better to understand how choices are produced within specific configurations of power and culture to which women are subjected, and within which they become subjects of their own lives than to bask in the comforting fantasy produced by popular pulp nonfiction memoirs about abused Muslim girls that Western women in contrast do have choice, do have freedom, and do not suffer.

Keywords: Abu-Lughod, Choice, CEDAW, Egypt, Freedom, Marriage, Muslim Women, Rights, Veiling

Las mujeres musulmanas y el « derecho de elegir libremente »

Subrayando el hecho que es ilusorio querer separar las situaciones personales de las condiciones históricas y políticas donde surgen, este artículo propone una reflexión crítica de la noción de libre elección, que la autora inscribe en el conjunto de factores macro-sociales como las tensiones internacionales o la violencia y la pobreza estructural. La noción de « libre elección » posee una carga ideológica que se refleja en la diferenciación, con frecuencia empleada, entre las mujeres occidentales liberadas y la mujer musulmana desprovista de la libertad de elección y victima pasiva de la opresión patriarcal. La libertad de elección actualmente tiende a (re) devenir un criterio discriminatorio que permite distinguir las sociedades «más civilizadas » (elección y libertad para las «Occidentales ») de las que son menos (coerción y servidumbre para las «Orientales »). La violación de la libre elección de las mujeres puede así contribuir a legitimar la intervención de las industrias humanitaria y militar para « salvar a las musulmanas », como ha sido el caso en la guerra de Afganistán a raíz de los hechos trágicos del 11 de septiembre. ¿Quién tiene el poder de reducir al «Otro » y particularmente a los musulmanes, a sujetos sometidos incapaces de surgir como sujetos actuantes ? Las musulmanas sufren una limitada libertad de elección, ¿ pero acaso esto se reducible al Islam? ¿La libre elección de las Occidentales es una idea fantasmagórica ? ¿Deberíamos más bien investigar la noción de libertad de elección en su complejidad intrínseca ligada a las relaciones de poder ? Reducir las vidas conmovedoras y tan complejas de las mujeres musulmanas a una cuestión de elección más o menos libre e informada, es algo totalmente insatisfactorio para la antropóloga. Para captar mejor dicha complejidad, la autora recurre a su trabajo etnográfico, que se escalona durante unos veinte años en el medio rural egipcio, para subrayar la importancia del trabajo (micro) etnográfico que permite contornear las generalidades y simplicidades trilladas de ciertos medios y novelas sensacionalistas (« pulp nonfiction » que hacen y deshacen la opinión pública. La autora compara dichas generalidades esencialistas con ejemplos de vidas socialmente complejas y etnográficamente ricas de campesinas egipcias.

Palabras clave: Abu-Lughod, elección, Convención de las Naciones Unidas sobre la eliminación de todas las formas de discriminación femenina, Egipto, matrimonio, mujeres musulmanas, derechos, velo islámico

Résumé

Tout en soulignant qu’il s’avère illusoire de vouloir séparer les situations personnelles des conditions historiques et politiques de leur émergence, cet article propose une réflexion critique de la notion de libre choix, que l’auteure inscrit dans un réseau de facteurs macrosociaux tels que les tensions internationales ou encore la violence et la pauvreté structurelles. La notion de « libre choix » possède une charge idéologique qui se reflète dans la distinction souvent établie entre les femmes occidentales libérées et la femme musulmane dépourvue de libre choix et victime passive de l’oppression patriarcale. Le libre choix tend aujourd’hui à (re)devenir un critère discriminatoire permettant de distinguer les sociétés les « plus civilisées » (choix et liberté pour les «Occidentales ») de celles qui le sont moins (contrainte et servitude pour les « Orientales »). La violation du libre choix des femmes peut alors contribuer à légitimer l’intervention des industries humanitaire et militaire pour «sauver les musulmanes », comme cela a été le cas dans la guerre d’Afghanistan, à la suite des événements tragiques du 11 septembre 2001. Qui a le pouvoir de réduire « l’Autre », et particulièrement les musulmanes, à des sujets assujettis incapables d’émerger comme sujets agissants ? Des musulmanes souffrent d’un libre choix limité, mais ceci est-il réductible à l’islam? Le libre choix des Occidentales relève-t-il d’un idéal fantasmé ? Faudrait-il plutôt investiguer la notion de libre choix dans sa complexité intrinsèque reliée aux relations de pouvoir ? Réduire les vies poignantes et tellement complexes des femmes musulmanes à une question de choix plus ou moins libre et éclairé est d’une totale insatisfaction pour l’anthropologue. Afin de mieux saisir cette complexité, l’auteure puise dans son travail ethnographique s’échelonnant sur une vingtaine d’années en milieu rural égyptien pour souligner l’importance du travail (micro) ethnographique qui permet de dépasser les généralités et les simplicités galvaudées par certains médias et romans à sensation (« pulp nonfiction ») qui font et défont l’opinion publique. L’auteure compare ces généralités essentialisantes avec des exemples de vies socialement complexes et ethnographiquement riches de villageoises égyptiennes.

Mots clés

Abu-Lughod, choix, Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, Égypte, mariage, femmes musulmanes, droits, voile

Pour citer cet article

Lila Abu-Lughod, « Les femmes musulmanes et le "droit de choisir librement" », Anthropologie et Sociétés, vol. 42, no 1, 2018 : 35-56

Femmes et subjectivations musulmanes
Volume 42, numéro 1
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