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Un désir d’enfant non abouti ? Grossesse et avortement chez les jeunes femmes à Ouagadougou (Burkina Faso)

Ramatou Ouédraogo, Agnès Guillaume

Abstract/Resumen

An Unachieved Child Desire ? Pregnancy and Abortion among Young Women in Ouagadougou (Burkina Faso)

Procreation in Burkinabe society is subject to an important social promotion to the point that to evoke the desire for children falls almost like a truism, as it seems evident. As a social construct assigned with a range of private as well as societal issues, the desire for children is rarely linked to abortion, which is considered as a lack of child desire when pregnancy occurs. However, studying the process of induced abortion among young people in Ouagadougou, Burkina Faso, shows that some pregnancies are planned, desired and deliberately interrupted. The objective of this article is to explain these «unachieved child desires » and the contexts in which they occur. Individual interviews with young women and single men reveal a child desire for both women and men which can simply be used as bargaining chips in gender relations in which young men and women are inserted. Thus, constraints along the route to adulthood, as well as the dominant ideologies and pressures around marriage, procreation and social success, increasingly induce the occurrence and materialization of the child desire among young people. It appears as a strategy among a plurality of other strategies whose purpose is to get married (or impose a relationship) and/ or reach « social success ». However, once pregnancy occurs, the breaking of matrimonial projects and premarital childbearing related stigma combine to represent a risk to young life trajectory, and hence force the resort to abortion.

Keywords: Ouédraogo, Guillaume, Young People, Abortion, Parenting, Child Desire, Marriage, Precariousness, Ouagadougou

¿Un deseo de tener un hijo no correspondido ? Embarazo y aborto entre las jóvenes mujeres en Uagadugú (Burkina Faso)

La procreación en la sociedad burkinabesa ha sido objeto de una importante promoción social al punto de que evocar el deseo de tener hijos es tan común que se ha vuelto una evidencia. En tanto que construcción social investida de una serie de desafíos privados y sociales, muy raramente se le relaciona con el aborto, el cual, en la imaginación, supone la ausencia del deseo de tener hijos en el momento en que se queda encinta. Trabajar sobre el proceso de recurso al aborto entre las jóvenes en Uagadugú en Burkina Faso nos ha permitido poner al día los embarazos deseados y planificados y voluntariamente interrumpidos. El objetivo de este artículo es rendir cuenta de esos «deseos de tener hijos no correspondidos», así como de los contextos en los cuales ocurren. Las entrevistas individuales realizadas con jóvenes mujeres y hombres solteros revelan un deseo de tener hijos tanto entre mujeres como entre hombres que, cuando se manifiesta (o cuando se convoca) puede servir de simple pieza de negociación en las relaciones de género en las cuales las jóvenes mujeres y hombres están insertos. Las coacciones que marcan el curso hacia la vida de adulto, así como las ideologías dominantes et las presiones en torno al casamiento, a la procreación y al éxito social provocan cada vez más el surgimiento y la materialización del deseo de tener hijos entre los jóvenes, el cual aparece como una estrategia entre una variedad de otras cuya finalidad es casarse (o imponer una relación amorosa) y/o alcanzar el éxito social. No obstante, una vez que se queda embarazada, la ruptura de los proyectos matrimoniales y la estigmatización de la procreación pre-marital contribuyen a convertir a la procreación en un riesgo en la trayectoria juvenil y provoca el recurso al aborto.

Palabras clave: Ouédraogo, Guillaume, jóvenes, aborto, parentalidad, deseo de tener hijos, casamiento, precariedad, Uagadugú

Résumé

La procréation dans la société burkinabè fait l’objet d’une importante promotion sociale au point qu’évoquer le désir d’enfant relèverait presque d’un truisme tant il semble aller de soi. En tant que construit social investi d’un ensemble d’enjeux privés comme sociétaux, celui est très rarement mis en lien avec l’avortement, qui, dans l’imaginaire, suppose l’absence de désir d’enfant au moment où la grossesse survient. Cependant, travailler sur le processus de recours à l’avortement chez les jeunes à Ouagadougou au Burkina Faso a permis de mettre au jour des grossesses désirées et planifiées, puis volontairement interrompues. L’objectif de cet article est de rendre compte de ces « désirs d’enfant non aboutis » ainsi que des contextes dans lesquels ils surviennent. Des entretiens individuels avec des jeunes femmes et hommes célibataires révèlent un désir d’enfant aussi bien féminin que masculin qui, lorsqu’il se manifeste (ou lorsqu’il est convoqué), peut simplement servir de monnaie d’échange dans les rapports de genre dans lesquels les jeunes femmes et hommes sont insérés. Ainsi, les contraintes qui jalonnent le parcours vers l’âge adulte, de même que les idéologies dominantes et pressions autour du mariage, de la procréation et de la réussite sociale induisent de plus en plus la naissance et la matérialisation du désir d’enfant chez les jeunes, qui apparaît alors comme une stratégie parmi une pluralité d’autres dont la finalité est de se faire épouser (ou d’imposer une relation amoureuse) et/ou d’atteindre une « réussite sociale ». Néanmoins, une fois que la grossesse survient, la rupture de projets matrimoniaux et la stigmatisation de la procréation prémaritale concourent à faire de celle-ci un risque pour la trajectoire de vie jeune, et contraindre au recours à l’avortement.

Mots clés

Ouédraogo, Guillaume, jeunes, avortement, parentalité, désir d’enfant, mariage, précarité, Ouagadougou

Pour citer cet article

Ramatou Ouédraogo et Agnès Guillaume, « Un désir d’enfant non abouti ? Grossesse et avortement chez les jeunes femmes à Ouagadougou (Burkina Faso) », Anthropologie et Sociétés, vol. 41, no 2, 2017 : 39-57

Désir d’enfant et désir de transmission
Volume 41, numéro 2
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